Dernière mise à jour le 8 octobre 2026
Le choix d’une encre pour une étiquette adhésive ne se limite pas au rendu des couleurs. Il détermine la qualité d’impression, la résistance de l’étiquette au transport et à l’usage, sa compatibilité avec le support et, pour les emballages alimentaires, la maîtrise du risque de migration vers les denrées.
Une belle étiquette qui s’efface au froid, se raye en rayon, se décolore sous l’effet des UV ou ne répond pas aux exigences de contact alimentaire ne remplit pas sa fonction. Pour faire le bon choix, il faut raisonner sur l’ensemble du projet : matériau frontal, adhésif, procédé d’impression, encre, vernis, conditions de stockage et destination finale du produit.
Ne pas confondre procédé et encre
Avant de choisir une encre, il est utile de distinguer deux éléments.
Le premier est le procédé d’impression : flexographie, offset, héliogravure, impression numérique au toner ou jet d’encre. Le procédé détermine notamment la cadence de production, le coût selon le volume, la possibilité d’imprimer des données variables et le niveau de personnalisation.
Le second est la chimie de l’encre : aqueuse, solvantée, UV (ultraviolet), UV-LED (ultraviolet émis par des diodes électroluminescentes) ou parfois à base de composants biosourcés. Cette chimie influence l’adhérence, le séchage, la résistance, les émissions de composés organiques volatils et les précautions à prendre pour les applications alimentaires.
Par exemple, une étiquette peut être imprimée en flexographie avec une encre aqueuse, avec une encre UV ou avec une encre solvantée. Une autre peut être produite en numérique par toner ou en jet d’encre UV.
Le bon choix dépend donc moins d’une technologie isolée que de la cohérence entre tous les éléments du projet.
Les principales familles d’encres
Les encres aqueuses
Les encres aqueuses utilisent l’eau comme principal véhicule. Elles sont souvent privilégiées sur les papiers, cartons et supports absorbants, car ces matériaux favorisent la pénétration ou l’ancrage de l’encre.
Elles peuvent offrir une alternative intéressante aux systèmes solvantés lorsque l’objectif est de réduire les émissions de COV, c’est-à-dire de composés organiques volatils. Elles nécessitent toutefois une attention particulière au séchage, à la résistance à l’humidité et à l’adhérence sur les films plastiques.
Sur un film en PE (polyéthylène), en PP (polypropylène) ou en PET (polyéthylène téréphtalate), une encre aqueuse ne doit pas être choisie sans vérifier la préparation de surface. Selon le film et le niveau de performance attendu, un traitement corona, une couche de réception ou un primaire d’accrochage peuvent être nécessaires.
Le traitement corona augmente l’énergie de surface du film. Il améliore la capacité de l’encre à mouiller le matériau, puis à y adhérer durablement. Sans cette préparation, l’impression peut présenter une faible résistance au frottement, aux rayures, à l’humidité ou aux manipulations répétées.
Les encres solvantées
Les encres solvantées contiennent des solvants qui s’évaporent pendant le séchage. Elles sont reconnues pour leur bonne adhérence sur les supports non absorbants, notamment les films plastiques, et pour leur résistance mécanique et chimique.
Elles peuvent être pertinentes pour des étiquettes exposées à des contraintes importantes : humidité, froid, condensation, huile, produits ménagers, frottements répétés ou environnements industriels. Elles offrent également une bonne intensité colorimétrique sur de nombreux supports.
En contrepartie, les encres solvantées demandent une gestion rigoureuse des émissions de COV, de la ventilation, du séchage et de la sécurité en atelier. Leur intérêt doit donc être évalué par rapport aux performances réellement nécessaires et aux solutions alternatives disponibles.
Les encres UV et UV-LED
Les encres UV polymérisent lorsqu’elles sont exposées à un rayonnement ultraviolet. Elles ne sèchent pas principalement par évaporation : elles passent d’un état liquide à un film solide grâce à une réaction de polymérisation.
Cette technologie présente plusieurs atouts pour les étiquettes adhésives :
- Séchage ou polymérisation rapide
- Très bonne précision d’impression
- Résistance élevée au frottement et à de nombreux agents chimiques
- Compatibilité avec des papiers, films et supports spéciaux
- Possibilité de créer des effets visuels : brillance, matité, relief, vernis sélectif ou effets tactiles
Les systèmes UV-LED utilisent des diodes électroluminescentes pour fournir l’énergie nécessaire à la polymérisation. Ils peuvent présenter des avantages en matière de consommation énergétique, de durée de vie des équipements et de réduction de la chaleur générée, selon les machines et les formulations utilisées.
L’encre UV doit toutefois être parfaitement polymérisée. Une puissance insuffisante, une vitesse de ligne trop élevée, une lampe vieillissante ou une formulation mal adaptée peuvent laisser subsister des composants résiduels. Pour une étiquette alimentaire, cette maîtrise du procédé est essentielle.
Les encres à composante biosourcée
Certaines encres intègrent une part de matières premières d’origine renouvelable, par exemple issues d’huiles végétales ou de dérivés végétaux. Elles peuvent contribuer à diminuer la dépendance à certaines ressources fossiles.
Il faut néanmoins rester précis : une encre contenant une part de composants biosourcés n’est pas automatiquement plus durable dans toutes les configurations, ni automatiquement adaptée au contact alimentaire. Son intérêt dépend de sa formulation, de son taux réel de contenu biosourcé, de son procédé de fabrication, de son séchage, de la recyclabilité de l’étiquette et de la filière de fin de vie visée.
Le critère environnemental ne doit donc pas être réduit à l’origine végétale de quelques matières premières. Il doit être évalué à l’échelle de l’étiquette complète.
L’impression numérique : toner et jet d’encre
L’impression numérique a transformé le marché de l’étiquette adhésive. Elle est particulièrement intéressante pour les petites et moyennes séries, les nombreuses références, les tests de lancement, les opérations promotionnelles, les changements de version et les données variables.
Les données variables peuvent inclure un numéro de lot, une date limite, un code-barres, un QR code, un nom de produit, une numérotation ou un visuel personnalisé.
L’impression numérique au toner
L’impression électrophotographique au toner est parfois appelée impression laser. Elle repose sur un principe électrostatique : les particules colorées sont attirées sur le support avant d’être fixées, généralement sous l’action de la chaleur et de la pression.
Deux variantes existent :
- Le toner sec, sous forme de particules solides
- Le toner liquide, utilisé par certaines presses numériques dédiées à l’étiquette et à l’emballage
Le toner est particulièrement adapté aux besoins de réactivité et de personnalisation. Il permet de produire plusieurs versions d’une même étiquette sans avoir à créer de formes imprimantes pour chaque référence.
Pour un projet d’étiquette, il faut vérifier la compatibilité du support avec la presse utilisée. Certains papiers et films sont conçus spécifiquement pour le toner. Un matériau non qualifié peut présenter des difficultés de fixation, de résistance au frottement, de tenue au froid ou de comportement lors de la pose automatique.
Dans le cas d’une étiquette apposée sur un emballage alimentaire, le toner doit être évalué avec les autres éléments du complexe : support, adhésif, vernis éventuel, conditions de stockage et type d’aliment emballé.
Le jet d’encre numérique
Le jet d’encre dépose l’encre sous forme de très fines gouttelettes directement sur le support. Il offre une grande souplesse de production et une très bonne capacité de personnalisation.
Il existe plusieurs technologies de jet d’encre. Les plus pertinentes pour l’étiquette sont généralement le jet d’encre UV ou UV-LED et le jet d’encre aqueux.
Le jet d’encre UV ou UV-LED est souvent utilisé pour imprimer sur des films, des matériaux synthétiques et des supports non absorbants. La polymérisation rapide permet d’obtenir une impression résistante, avec une bonne tenue à l’eau et au frottement lorsque le système est correctement réglé.
Le jet d’encre aqueux convient davantage aux papiers, aux cartons et aux matériaux équipés d’une couche de réception adaptée. Pour les films en PE, PP ou PET, une préparation de surface, une couche de réception ou un primaire peuvent être nécessaires pour obtenir une adhérence durable.
Comme pour toute technologie UV, le jet d’encre UV exige un contrôle rigoureux du durcissement. Une bonne impression visuelle ne suffit pas : la polymérisation doit être adaptée à l’encre, à la couverture imprimée, au support et à la vitesse de production.
Encres et conformité alimentaire
Lorsqu’une étiquette est appliquée sur un emballage destiné au contact alimentaire, la question centrale n’est pas seulement : « Cette encre est-elle alimentaire ? »
La bonne question est : « L’étiquette imprimée, dans sa configuration finale et dans ses conditions réelles d’utilisation, est-elle conforme pour l’application prévue ? »
La conformité se raisonne sur l’ensemble de la structure :
- Le support de l’étiquette
- L’adhésif
- L’encre ou le toner
- Le vernis, le pelliculage ou la finition
- Les conditions de séchage, de fixation ou de polymérisation
- Le matériau de l’emballage
- Le type d’aliment
- La durée et la température de stockage
- Le risque de contact direct ou indirect
Le règlement (CE) nᵒ 1935/2004 impose que les matériaux et objets destinés au contact des denrées alimentaires ne transfèrent pas de substances vers les aliments à des niveaux susceptibles de présenter un risque pour la santé, de modifier de façon inacceptable la composition de l’aliment ou d’altérer ses qualités organoleptiques.
Il n’existe pas de réglementation européenne unique couvrant toutes les encres d’impression utilisées sur les emballages alimentaires. La conformité repose donc sur le règlement-cadre applicable aux matériaux au contact des denrées alimentaires, sur les bonnes pratiques de fabrication et sur l’évaluation de la structure finale dans son usage prévu.
Contact direct et impression extérieure
Une encre ne doit pas être considérée comme sans enjeu parce qu’elle est imprimée sur la face extérieure de l’emballage.
Même sans contact direct avec l’aliment, des substances peuvent être transférées :
- Par maculage, lorsque les faces imprimées et non imprimées se touchent pendant le stockage en bobine ou en pile
- Par traversée du support, lorsque le matériau ne constitue pas une barrière suffisante
- Par phase gazeuse, pour certains composés volatils
- Par transfert à travers l’adhésif, le vernis ou une couche insuffisamment protectrice
Les aliments gras, les longues durées de stockage, les températures élevées et les emballages souples à faible effet barrière demandent une vigilance renforcée.
La migration globale et les limites spécifiques
Pour les matériaux plastiques, le règlement (UE) n° 10/2011 prévoit une limite de migration globale généralement exprimée à 10 mg/dm² de surface de contact, ou à 60 mg/kg d’aliment selon les cas. Cette valeur concerne l’ensemble du matériau plastique dans son application finale : elle ne constitue pas une limite universelle propre aux encres d’impression.
Certaines substances peuvent également être soumises à des limites de migration spécifique. L’évaluation doit aussi prendre en compte les NIAS, ou substances non intentionnellement ajoutées. Elles peuvent provenir d’impuretés, de produits de réaction, de produits de dégradation ou d’interactions entre les composants du système imprimé.
Les encres formulées pour limiter la migration
L’expression « encre à faible migration » est couramment utilisée dans le secteur. Elle désigne généralement une formulation développée pour réduire le risque de transfert de substances vers les denrées alimentaires.
Ces encres peuvent limiter l’emploi de certaines matières premières sensibles et sélectionner des composants dont le comportement de migration est mieux connu. Elles sont particulièrement recherchées pour les emballages alimentaires, pharmaceutiques et les applications exigeantes.
Mais cette expression ne doit pas être comprise comme un label de conformité automatique.
Pour les encres UV et UV-LED, le contrôle de polymérisation est déterminant. Le réglage de la puissance des lampes, la vitesse de production, l’état des équipements, l’épaisseur du dépôt d’encre et la nature du support doivent être maîtrisés.
Allemagne, Suisse et export
Les exigences peuvent varier selon le marché visé.
En Allemagne, la réglementation sur les encres et vernis d’impression destinés aux matériaux au contact des denrées alimentaires est fréquemment désignée sous le nom de Druckfarbenverordnung, ou German Printing Ink Ordinance. Elle encadre les substances utilisées dans les matériaux imprimés lorsque leur transfert vers l’aliment ne peut pas être exclu. Sa période transitoire se prolonge jusqu’au 31 décembre 2026.
La Suisse dispose également de dispositions spécifiques pour les encres d’emballage, notamment à travers des listes de substances et des critères de migration ou de non-détection applicables à certaines situations. Ces règles concernent notamment les encres appliquées sur la face non destinée au contact direct avec les aliments.
Pour les États-Unis, il est préférable de ne pas parler d’« encre homologuée FDA ». La FDA, ou Food and Drug Administration, ne valide pas une encre comme produit fini. Elle examine le statut réglementaire des substances susceptibles de devenir, par migration, des constituants indirects d’un aliment.
Un exportateur doit donc définir dès le départ les marchés concernés. Une déclaration adaptée au marché français ou européen ne couvre pas automatiquement les exigences allemandes, suisses, américaines ou celles imposées par un donneur d’ordre international.
L’impact environnemental des encres
L’impact environnemental d’une étiquette ne dépend pas seulement du support papier ou plastique. L’encre, le vernis, l’adhésif, le procédé d’impression, le séchage et la fin de vie du complexe jouent également un rôle.
Les encres aqueuses et les systèmes UV peuvent contribuer à réduire les émissions de COV par rapport aux systèmes solvantés. Les encres aqueuses contiennent toutefois parfois des co-solvants, et les systèmes UV nécessitent de l’énergie pour la polymérisation. Il faut donc éviter de présenter une technologie comme systématiquement plus vertueuse sans examiner l’ensemble du procédé.
Les formulations intégrant des matières premières biosourcées peuvent réduire l’usage de certaines ressources fossiles. Leur intérêt doit être apprécié au regard de critères concrets :
- Part réelle de matières premières biosourcées
- Résistance nécessaire pour l’application
- Consommation énergétique de l’impression et du séchage
- Présence éventuelle de solvants ou de composants sensibles
- Compatibilité avec les procédés de recyclage visés
- Possibilité de désencrage dans les filières papier et carton
- Fin de vie réelle de l’emballage et de son étiquette
Une étiquette pensée pour le recyclage doit être étudiée dans son ensemble. Une encre compatible avec le désencrage ne suffit pas si le support, l’adhésif, le vernis ou le complexe multicouche perturbent la filière de recyclage concernée.
Comment choisir l’encre adaptée ?
Le bon choix commence par une analyse de l’usage réel de l’étiquette.
Posez-vous les questions suivantes :
- L’étiquette sera-t-elle appliquée sur du papier, du carton, du verre, du PE, du PP, du PET ou un autre matériau ?
- Sera-t-elle exposée au froid, à l’humidité, à la condensation, aux UV, aux huiles, aux produits chimiques ou au frottement ?
- L’impression doit-elle résister à une pasteurisation, à une surgélation, à une chambre froide ou à un lavage ?
- Le produit est-il destiné à l’alimentaire, à la cosmétique, à la pharmacie, à la chimie ou à l’industrie ?
- L’impression comporte-t-elle des données variables ou de nombreuses versions ?
- Le support est-il suffisamment traité pour garantir l’adhérence de l’encre ?
- Le produit doit-il répondre à une exigence particulière de recyclabilité ou de contenu biosourcé ?
- Quels sont les marchés de commercialisation visés ?
Le tableau ci-dessous donne une première orientation.
| Support ou application | Technologie ou solution envisageable | Points de vigilance |
| Étiquette papier ou carton | Encre aqueuse, UV, toner ou jet d’encre aqueux | Séchage, résistance à l’humidité, abrasion, vernis éventuel |
| Étiquette sur film PE ou PP | UV, UV-LED, solvantée, toner ou jet d’encre UV | Traitement corona, énergie de surface, adhérence et résistance au frottement |
| Étiquette en PET transparent | UV, UV-LED, toner liquide ou jet d’encre UV | Transparence, niveau de couverture, vernis et évaluation de la migration si usage alimentaire |
| Étiquette pour produit frais ou réfrigéré | Technologie adaptée au froid et à la condensation | Tenue de l’impression, adhésif basse température, résistance à l’eau |
| Étiquette pour produits chimiques ou détergents | UV, solvantée ou système numérique résistant | Résistance chimique, résistance aux huiles, solvants et abrasions |
| Petites séries avec personnalisation | Toner ou jet d’encre numérique | Support qualifié pour la machine, fixation, tenue mécanique et coût par étiquette |
| Étiquette pour emballage alimentaire | Formulation adaptée à une application à faible migration | Validation du complexe final : support, adhésif, encre, finition, stockage et type d’aliment |
Une décision à prendre sur le complexe final
Il n’existe pas une encre universellement meilleure que toutes les autres. Une encre aqueuse peut être très pertinente sur une étiquette papier. Une encre UV peut être la meilleure option pour un film soumis à des frottements importants. Le toner peut répondre efficacement à un besoin de personnalisation ou de petites séries. Le jet d’encre peut offrir une grande flexibilité pour des campagnes courtes et des informations variables.
Pour les applications alimentaires, le niveau d’exigence est plus élevé : le choix doit être validé sur l’étiquette dans sa structure finale, et non sur la seule base d’une brochure technique ou d’une appellation commerciale.
Notre équipe vous accompagne dans le choix du support, de l’adhésif, du procédé d’impression, de l’encre et des finitions afin de concevoir une étiquette performante, adaptée à son environnement et cohérente avec vos obligations réglementaires.
Contactez notre équipe pour étudier la combinaison support, impression et encre la plus adaptée à votre projet d’étiquettes adhésives.